Abeille charpentière – Xylocopa violacea

Avant-propos : quand on parle d’abeille domestique, qui ne l’est pas vraiment car on la définit plutôt comme une abeille sociale, on veut parler d’Apis mellifera : l’abeille qui fabrique le miel. Quant aux abeilles sauvages il s’agit des quelque 800 à 1000 espèces d’abeilles solitaires qui peuplent notre territoire.

Depuis la publication le 12 septembre 2019 de l’étude de Lise Ropars, Isabelle Dajoz, Colin Fontaine, Audrey Muratet et Benoît Geslin : Wild pollinator activity negatively related to honey bee colony densities in urban context, largement reprise dans la presse, qui traite de la concurrence, à Paris, entre les abeilles domestiques et les abeilles sauvages, le petit monde de l’apiculture urbaine s’interroge.

Extrait : « Dans l’ensemble, nos résultats remettent en question (…) le développement rapide de l’apiculture urbaine et l’enthousiasme des citoyens et des médias de masse pour l’installation de ruches dans les villes… » (traduit par Google Traduction).

Pour quelle raison ? Parce que les abeilles domestiques, trop nombreuses, consomment tout le pollen et le nectar disponibles dans leur zone d’action au détriment des abeilles sauvages qui n’ont plus rien pour se nourrir et qui désertent la zone.

Après avoir passé une bonne paire d’heure à décortiquer les tenants et les aboutissants de l’étude je n’ai rien à objecter aux résultats de cette étude, je voudrais simplement replacer le problème dans un contexte plus large.

Ce qui est préoccupant pour notre environnement c’est la disparition massive des insectes en Europe : More than 75 percent decline over 27 years in total flying insect biomass in protected areas. La principale cause on la connait bien maintenant : les pesticides !

Et ce sont les apiculteurs qui les premiers ont alerté sur le sujet voyant leurs populations d’abeilles disparaitre : ce phénomène est connu sous le nom de  « syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles ».

En raccourci, cet effondrement a provoqué de la sympathie pour les abeilles et par réaction le développement de l’apiculture urbaine d’autant que les pesticides sont maintenant bannis des agglomérations et que la diversité florale est meilleure en ville qu’à la campagne.

Bien évidement l’apiculture urbaine n’a pas vocation à remplacer l’apiculture traditionnelle. Ce n’est pas avec l’apiculture urbaine que nous allons compenser les milliers de tonnes de miel (ou pas) que nous importons de Chine. L’apiculture urbaine c’est simplement un moyen, pour les entreprises et les collectivités locales, de sensibiliser le public au phénomène de disparition des abeilles et à la perte de la biodiversité.

Pour revenir à l’étude et la concurrence entre abeilles domestiques et abeilles sauvages… il faut se rendre à l’évidence : une ruche peut contenir 80 000 abeilles alors que les abeilles sauvages vivent solitaires : la concurrence est rude. D’autant que les abeilles domestiques stockent pollen et nectar pour passer l’hiver – sans parler du miel qu’on leur prélève – ce que ne font pas les abeilles sauvages qui ne survivent pas à l’hiver.

Mais il faut relativiser et sortir du microcosme parisien. Il n’y a pas d’études sur le sujet mais j’imagine qu’il ne devait pas il y avoir beaucoup d’abeilles sauvages autour des ruchers de nos grands-parents pour les mêmes raisons que celles évoquées dans l’étude qui nous préoccupe. En revanche les abeilles sauvages avaient tout le reste du territoire pour butiner en toute quiétude.

Le vrai problème ce n’est donc pas la disparition des abeilles sauvages autour des ruches parisiennes mais la disparition massive des insectes sur tout le territoire européen, pour en rester au périmètre de l’étude citée.  Et la solution ce n’est pas de diminuer le nombre de ruches à Paris mais de trouver des alternatives à l’agriculture intensive et aux pesticides qui nous empoisonnent comme ils empoisonnent les abeilles qu’elles soient sauvages ou domestiques.

Bruno Gerelli

Apiculteur urbain

Fondateur de Bee Abeille